Fort d’Ivry – Ivry sur Seine / Val de Marne

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Jean Bastien-Thiry, fusillé le 11 mars 1963

Né le 19 octobre 1927, Jean Bastien-Thiry est âgé de 35 ans, marié et père de trois fillettes, lorsqu’à l’aube d’un jour froid de printemps la salve du peloton d’exécution vient achever son sacrifice.

Polytechnicien, scientifique brillant et de stature internationale, l’un des meilleurs officiers de l’Armée française, Bastien-Thiry œuvrait à la Cité de l'Air, à Paris, avec le grade de lieutenant-colonel, quand sa conscience fut bouleversée par le drame algérien.

Après l’espoir suscité en 1958 par l’arrivée au pouvoir du général Charles de Gaulle, survenue grâce au soulèvement de l'armée et des Français d'Algérie le 13 mai, le régime avait trompé cette espérance du maintien de l’intégrité territoriale, de la sauvegarde de l’Algérie française et du respect de la parole donnée aux musulmans d’Algérie. Peu à peu, l’Etat gaulliste avait été de félonies en lâchetés.

Pire, après la signature des accords d'Evian le 19 mars 1962, les Pieds-Noirs refluaient en désordre vers la métropole et les vainqueurs du FLN assassinaient dans des tortures affreuses plusieurs dizaines de milliers de harkis et autres musulmans francophiles, abandonnés par l'armée française et le gouvernement du général de Gaulle.

Comme beaucoup de militaires d’honneur et de droiture de sa génération, Jean Bastien-Thiry ne peut pas accepter les revirements du général de Gaulle, qui sont autant de trahisons à l'égard de la Nation, des Français d'Algérie et des musulmans fidèles à la France.

Sous l'égide d'un mouvement clandestin, le Conseil National de la Résistance de Georges Bidault, Bastien-Thiry organise un attentat contre le cortège du Président. Le 22 août 1962, alors que de Gaulle rentre avec son épouse de sa résidence de Colombey-les-Deux-Églises, sa DS présidentielle est prise sous les feux croisés du commando dirigé par Jean Bastien-Thiry, au Petit-Clamart. L’attentat échoue.
Jean Bastien-Thiry est arrêté le 15 septembre 1963 à son retour d'une mission scientifique en Grande-Bretagne. Un tribunal d'exception, la Cour militaire de Justice, juge les prévenus … sans qu’un recours en cassation soit possible. Les deux tireurs sont grâciés mais non leur chef, qui tient à assumer l’acte et à le justifier. Huit jours à peine après le jugement, le 11 mars 1963 à 6 heures 39, le colonel Jean Bastien-Thiry est fusillé au fort d'Ivry. Cette exécution politique est la dernière qu'ait connue la France à ce jour.

« Nous savons qu’il existe un premier commandement de Dieu, le plus grand de tous, qui  nous commande la charité et la compassion envers nos frères dans le malheur.
C’est pourquoi il a de tout temps été admis dans la Chrétienté que dans certaines conditions, un acte de force pouvait être un acte d’amour et que peuvent être licites des actions de force dirigées contre ceux qui ont perdu le sens moral et le sens humain, et qui précipitent dans la désolation ceux qu’ils ont la charge de protéger et de défendre ».
[Bastien Thiry, déclaration du 2 février 1963 devant le tribunal]


Roger Degueldre, fusillé le 6 juillet 1962

Né le 19 mai 1925 à Louvroil à proximité de la frontière belge, Degueldre est issu d'une famille très modeste (le père était cheminot). Ancien maquisard F.T.P. puis engagé dans l'armée à la Libération, il passe à la Légion et gagne ses galons en Indochine, puis en Algérie.
Après un parcours irréprochable dans la Légion Etrangère où il sera nommé officier au sein du 2è REP, il "déserte" en janvier 1961 face à la trahison de l’élite politique, pour sauvegarder l’Algérie française et l’honneur de la France.

A ce titre il participe au putch des généraux en avril 1961 puis s'investit dans une mission dont il sera le chef : les fameux commandos "Delta" de l'O.A.S, dont il dirigera le Commando Delta 1 où l’on retrouvera notamment les légionnaires Claude Piegts, Albert Dovecar et Marc Tenard. Suite à ses nombreux coups d’éclat notamment l’élimination du Commissaire algérois anti-OAS Gavoury, il est condamné à mort par la Cour militaire de justice le 28 juin 1962 et fusillé le 6 juillet suivant.

Ce 6 Juillet 1962, avant le lever du jour, la porte d'une cellule de la prison de Fresnes s'ouvre. Le Lieutenant Degueldre se lève. Il se rase, enroule autour de sa poitrine un drapeau tricolore et revêt sa tenue de Parachutiste. Puis il dit "je suis prêt".

Une heure plus tard au fort d'Ivry, l'officier qui commande le peloton d'exécution gaulliste abaisse le bras. Le Lieutenant Roger Degueldre crie "Vive la France" et tombe le corps transpercé. Malgré le coup de grâce le Lieutenant du 1er REP vit encore. Il faudra encore 12 minutes d'acharnement d'incapacité et de haine au chef de peloton, pour parvenir à achever sa victime ...


« Je préfère une désobéissance qui me coûte la vie,
plutôt qu’une obéissance qui me coûte l’honneur ».
[Lieutenant Roger Degueldre, exécuté le 6 juillet 1962 au fort d’Ivry]


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