Prisons des justes - Val de Marne
Prison du fort de Charenton – Maisons Alfort
LAURENT Jacques (octobre 1944 – janvier 1945)
Jacques Laurent-Cély, né le 5 janvier 1919 et mort le 29 décembre 2000 à Paris, était un journaliste, romancier, et essayiste français, ayant notamment publié sous divers pseudonymes dont celui de Cécil Saint-Laurent, et élu à l'Académie Française en 1986. Militant royaliste dans sa jeunesse, devenu anarchiste de droite, anti-gaulliste et fondateur de la revue L’Esprit Public, il reste associé au mouvement littéraire dit des Hussards.
Petit-fils du président du Conseil général de la Seine, il était le fils d'un avocat inscrit au barreau de Paris qui fut combattant de la guerre 1914-18 et militant de Solidarité Française. Jacques Laurent-Cély était par sa mère neveu d'Eugène Deloncle, chef de la Cagoule.
Ayant suivi des études au lycée parisien Condorcet, il entreprend une licence de philosophie à la Sorbonne, et s'engage rapidement à l'Action Française de Maurras, en écrivant au journal L’Etudiant Français.
Affecté à un Bureau d'étude du Secrétariat général à l'Information sous l’Etat Français, il contribua à aussi à
Idées, la revue de la Révolution Nationale, fondée en 1941. En août 1944, il est chargé d'établir un contact entre le Maréchal Pétain et une unité auvergnate des FFI. Remonté à Paris
sous l'épuration, il est arrêté le 24 octobre 1944 et incarcéré au fort de Charenton pendant 3 mois.
Hôpital de Bicêtre – Le Kremlin Bicêtre
Guillotinés de la Conjuration bretonne (fin février 1793 – 26 juin 1794)
Le marquis de La Rouerie, fondateur de l’Association bretonne ou Conjuration bretonne, genèse de la chouannerie, se réfugia pendant la Révolution au manoir de La Guyomarais avant d’y mourir de maladie le 30 janvier 1793. Le 25 février 1793, les révolutionnaires se rendirent au manoir, exhumèrent le corps du chef chouan et coupèrent sa tête qui fut jetée aux pieds de Mme de La Guyomarais ; enfin ils arrêtèrent M. et Mme de La Guyomarais et des membres de leur famille ou proches, emmenés à Paris pour être emprisonnés et jugés. Le procès, du 4 au 18 juin 1793, condamna à mort M. et Mme de La Guyomarais et onze autres personnes qui furent guillotinées le 18 juin 1793 tandis que deux autres, condamnés à la déportation, furent internés à Bicêtre puis finalement guillotinés le 26 juin 1794 :
LEMASSON
Ce membre de l’Association bretonne ou Conjuration bretonne, médecin ami de M. et Mme de La Guyomarais, fut interné à Bicêtre et guillotiné le 26 juin 1794.
PERRIN
Ce membre de l’Association bretonne ou Conjuration bretonne, jardinier de M. et Mme de La Guyomarais, fut interné à Bicêtre et guillotiné le 26 juin 1794.
Prisonniers de la Révolution (fin 18è)
L’hôpital servit de prison pendant la Révolution.
En septembre 1792, des ‘septembriseurs’ en furie y assassinèrent au gourdin près de deux cent détenus. Au nombre des victimes figurèrent beaucoup d'enfants ramassés dans les rues pour de petits vols, de la mendicité ou du vagabondage. On y plaça ensuite des ‘suspects’ d’activisme politique contre-révolutionnaire. Ils furent pour la plupart inclus dans la prétendue conspiration des prisons en juin 1794 et envoyés à l’échafaud.
CADOUDAL Georges (mars – 25 juin 1804)
Figure symbolique de la chouannerie catholique et royale, héros intrépide et lucide de l’anti-jacobinisme, Georges Cadoudal est né en 1771. Peu à peu, il va devenir l’organisateur du réseau contre-révolutionnaire armé de l’Ouest breton. Il sera nommé major général des légions royalistes du Morbihan.
En 1800, il refuse à Paris une offre de Napoléon lui proposant le grade de général contre sa reddition.
Lié à un complot d’assassinat de Napoléon en décembre 1800 à Paris (rue St Nicaise), il participe aussi, dès 1803, à un projet d’enlèvement de l’Empereur, qui échoue en février 1804.
Arrivé à Paris en 1803, il rejoignit bientôt son premier gîte parisien : la Cloche d’or, à l’angle de la rue du Bac et de la rue de Varenne. Bientôt Georges Cadoudal déménagea de la rue de Chaillot pour aller se terrer dans une cache de la rue Carême-Prenant.
Hélas l’étau se resserre autour des comploteurs et Cadoudal est définitivement arrêté le 9 mars 1804 à Paris : son interpellation est très mouvementée, donnant lieu à une véritable course-poursuite dans les rues du quartier latin. L'inspecteur Buffet est tué à cette occasion.
Un des policiers nommé Caniolle se cramponna aux ressorts de la voiture, pendant que l’inspecteur Buffet saisissait le cheval par la bride, rue Casimir-Delavigne. Devant l’imminence du danger, Cadoudal fit feu sur Buffet pour lui faire lâcher prise, mais le cheval s’était arrêté et le chouan, pour échapper à Caniolle, bondit hors du cabriolet et s’élança vers la rue de l’École-de-Médecine. C’était la fin. Au carrefour de l’Odéon, il fut reconnu par une meute d’argousins, ceinturé par plusieurs d’entre eux, malgré sa force herculéenne, et lié de cordes devant la tourbe trépignante et vociférante.
Quand les conséquences de cette mort lui furent reprochées par la suite, Buffet étant marié et père de trois
enfants, Cadoudal répondit : " Il fallait me faire arrêter par des célibataires ". Suite à son arrestation, une quarantaine de personnes sont à leur tour
appréhendées.
Cadoudal est transféré avec 12 compagnons à la prison de Bicêtre. Jamais il n’était
question de l’échéance qui les attendait. Ils plaisantaient, en se rappelant les bons tours qu’ils avaient joués aux Bleus, ou bien ils se racontaient les légendes de la terre natale. Parfois,
ils jouaient aux barres. Une fois dans les cachots, on récitait en commun la prière du soir. Georges Cadoudal remplaçait ici le pasteur absent, et demandait à ses compagnons d’infortune de prier
pour le Roi, pour leurs amis et leurs ennemis. Et la voix montait sous les sombres voûtes comme, autrefois au foyer paternel, devant la cheminée de granit de Kerléano.
Le procès a lieu sans heurt et aboutit, le 10 juin 1804, à la condamnation à mort de Cadoudal, qui refusa de solliciter une grâce.
Le 25 juin 1804, Cadoudal et ses compagnons sont transférés à la Conciergerie. Avec d’autres royalistes dont son cousin Pierre Cadoudal, Picot son domestique, et Coster Saint-Victor, il fait
partie de la première charrette ainsi qu’il le souhaitait ; Roger, Soyant, Burban et Lemercier étaient dans la seconde charrette ; Lelan, Mérille et Deville étaient dans la troisième
charrette.
Avant de quitter la Conciergerie, il dit encore à ses camarades de l'embrasser. Tous obéirent ; ces rudes visages s'adoucirent dans ce suprême adieu à leur chef bien-aimé ; quelques yeux devinrent humides. Quand ce fut terminé, il leur dit :
" Et maintenant, il s'agit de montrer aux Parisiens comment meurent des chrétiens, des royalistes et des Bretons ".
Il fit signe à son confesseur de lui donner le bras, et, sans attendre l'ordre de l'exécuteur, il commanda : " Marche ! " avec autant de vivacité et d'élan que s'il se fut agi d'enlever une redoute ".
A 11 heures du matin, les charrettes, en provenance de la Conciergerie, arrivent place de Grève (l'actuelle place de l'Hôtel de Ville), se frayant difficilement un passage dans une foule énorme de curieux. Le premier, Georges Cadoudal en descend, marche vers le bourreau, lui dit :
" C'est à moi de donner l'exemple. Quand vous aurez terminé votre office, n'oubliez pas de montrer ma tête à mes compagnons, afin de leur ôter toute idée que j'aie pu leur survivre ".
En fait, Cadoudal redoute une manœuvre de dernière seconde, une grâce accordée sans qu'il l'ait demandée, et qui n'épargnerait, pensée insupportable, que lui... Il préfère prendre les devants. En se dirigeant vers la guillotine, il récite l' Ave Maria , s'arrête au verset " Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant... " ; son confesseur lui murmure : " Continuez ".
Cadoudal a un sourire, hausse les épaules :
" A quoi bon, monsieur l'abbé ? Et à l'heure de notre mort, n'est-ce pas maintenant ? ".
Sa démarche était fière, son œil assuré, son teint aussi coloré que d'ordinaire, nulle émotion ne se manifestait ni dans ses traits, ni dans son accent.
" Monsieur, dit-il, vous êtes l'exécuteur de Paris ? "
Le bourreau répondit affirmativement.
" En ce cas, répliqua Georges Cadoudal, vous saurez que je veux être exécuté le premier. C'est à moi à donner
à mes camarades l'exemple du courage et de la résignation ; d'ailleurs, je ne veux pas que l'un d'eux s'en aille de ce monde avec l'idée que je pourrais lui survivre ".
L’exécuteur lui fit observer que l'ordre d'exécution avait été réglé, et que, suivant cet ordre, il devait mourir le dernier.
" Bah ! répliqua Cadoudal, on a mis assez d'insistance à m'offrir une grâce entière pour qu'il ne soit pas possible de me refuser la seule que je sollicite (…)
Nous avions assez souvent battu les bleus pour avoir droit à la mort de soldats ; mais nous ne devons rien regretter, en nous rappelant que l'échafaud sur lequel nous allons monter a été consacré par le martyre de notre roi ! ".
Pendant le trajet, Cadoudal, devenu sombre et taciturne depuis qu'on lui avait refusé la faveur qu'il avait sollicités, n'avait cessé de répéter ses prières. Il vit descendre sans mot dire tous ses compagnons, même Coster Saint-Victor, qui, étant le dernier à le précéder sur l'échafaud, voulut l'embrasser encore, et lui dit, dans ce baiser suprême : Adieu, mon général !
Cadoudal, en se laissant faire, haussa les épaules comme devant un acte de faiblesse ou de puérilité. Puis, quand la belle tète de son jeune complice fut tombée, il monta d'un pas très lent, mais très ferme, les marches de l'échafaud, et lorsqu'il fut arrivé sur la plate-forme, il s'écria d'une voie retentissante :
" Camarades, je vous rejoins ! Vive le roi ! ".
Après cette dernière victime, il y eu un moment de confusion. En présence de cette exécution multiple, les précautions avaient été mal prises. Lorsque la tête de Cadoudal tomba, les paniers
apportés étaient pleins. Le cadavre colossal de l'assassin-chevalier, qui devait faire souche de gentilshommes, resta plus d'un quart d'heure sur l'échafaud, jusqu'à ce que mon père eut le temps
d'envoyer acheter de la toile pour lui faire un linceul à part.
Cette dernière marque de respect n'était peut-être point usurpée par l'homme qui a occupé une place si exceptionnelle entre les conventionnels régicides et les pales assassins du Consulat, de la Restauration, de la monarchie de Juillet et du Second Empire.
On rapporte que, placé sur le plateau de la guillotine, il aurait crié :
" Mourons pour notre Dieu et notre Roi ", reprenant ainsi la devise des insurgés vendéens.
Georges Cadoudal fut élevé, à titre posthume, à la dignité de maréchal de France, et sa descendance fut anoblie.
(Ce récit est tiré des Mémoires des Sanson – Sept génération d’exécuteurs)
Prison du fort de Montrouge – Arcueil
PETAIN Philippe, maréchal et son épouse (fin avril au 22 juillet 1945)
" Que ce serait bon de terminer ma vie dans ce beau pays, dans cette libre Suisse. Mais mon devoir, mon honneur me forcent à aller en prison ". [Mal Pétain, in Rapport de W. Stucki du 28 avril 1945 – Archives Fédérales de Berne]
En effet, de Gaulle avait espéré un exil du Maréchal, qui mettrait sur ce dernier une tâche infamante et honteuse ; mais ce dernier, voulant défendre son honneur, ne tenait pas à voir son image et son œuvre ainsi salie. Ainsi, le 23 avril 1945, le Maréchal Pétain refusa l’asile proposé par la Suisse et se remit aux autorités françaises le 26 avril suivant.
Le maréchal Pétain sera brièvement interné à la prison du Fort de Montrouge avec son épouse, d’avril 1945 au 22 juillet 1945, dans une cellule aux murs blanchis à la chaux. Pour tout confort, un lavabo et une cabine intérieure aménagée en ‘toilettes’. C’est là qu’il prendra connaissance des actes d’accusation portés contre lui, à travers le réquisitoire que dressera Mornet le 23 juillet 1945.
Les deux prisonniers sont autorisés à sortir séparément dans la cour du fort pendant une demi-heure, le matin et l’après-midi. Le Maréchal reçoit des visites au parloir (notamment ses avocats Isorni, Payen et Lemaire), où également vient l’interroger la Commission d’Instruction. Après le 22 juillet 1945, le Maréchal et son épouse seront internés à la Haute Cour de Justice, lieu du procès.
Prison du château de Vincennes
Prisonnières de la Révolution (juillet à novembre 1794)
Du 16 juillet au 7 novembre 1794, les sœurs bénédictines du couvent des Anglaises furent conduites au château fort de Vincennes, où elles furent enfermées dans le donjon prévu pour les détenus politiques de l'Ancien Régime.
CHODRUC-DUCLOS Emile (fin 18è au début 19è)
Il était un ardent royaliste, et portait au Consul la même haine vouée naguère aux républicains, ce qui lui valut
d’être enfermé dans plusieurs prisons franciliennes.
Chodruc-Duclos, qui après avoir été incarcéré à la prison de l’Abbaye avait feint d’accepter l’engagement demandé
par Fouché de s’embarquer pour l’Angleterre, à peine libéré se retrouva en Vendée à la tête d'un groupe d'insurgés. Bientôt, le général Hédouville soumit les dissidents de l'Ouest, puis il délivra un passeport à chacun d'eux, à charge pour les amnistiés de se rendre deux fois par mois en
préfecture, exhiber leur exeat. Duclos, qui évidemment ne voulut point s'y conformer, fut déporté à Vincennes avant d’être envoyé à Ste Pélagie.
Prison
de Fresnes Retour
Prisons des justes