Récit de la vie de Jean Bassompierre
.
Né le 23 octobre 1914 à Honfleur, Jean Bassompierre fut un brillant élève parisien au lycée Jeanson-de-Sailly puis en droit et sciences politiques. Ayant reçu une éducation traditionaliste et
d’un patriotisme intransigeant, Jean Bassompierre fut fasciné par les idées politiques dès la fin de son adolescence.
Son caractère le poussait à être un militant avant tout. Il adhéra aux Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger, vendit dans les rues de Paris l’hebdomadaire des J.P : le National, et
fit souvent le coup de poing contre les militants communistes et socialistes qui prétendaient lui barrer le chemin.
Jean Bassompierre, appelé sous les drapeaux en 1936, libérable en 1938, va rester dans l’armée comme officier d’active (il a fait les E.O.R). Il ne songeait pourtant pas faire carrière dans
l’armée mais, voyant grandir à l’Est les menaces de guerre, il désirait être au premier rang et prêt à remplir sa mission pour témoigner son amour de la France.
En 1939-40, le lieutenant Jean Bassompierre a été le meilleur officier de son régiment : ses chefs sont formels, il est toujours au premier rang et volontaire pour toutes les missions
périlleuses.
En juin 1940, il accepte mal l’armistice. Le 25 juin 1940, au matin, il a reçu l’ordre d’évacuer le fort de Conchetas, à deux milles mètres d’altitude, au-dessus de Saint-Martin-Vésubie, et de se
replier avec ses hommes sur Digne. Il décide de faire sauter tous ses explosifs et les 200 000 cartouches de mitrailleuses qu’il avait. Une formidable explosion se répercute dans la montagne.
Bassompierre a fait le vide devant l’arrivée prochaine des ses glorieux vainqueurs italiens pour lesquels il n’a que mépris.
Au moment de se séparer de ses hommes il partage sa solde d’officier avec eux et leur dit :
« Il ne faudra pas avoir peur de regarder l’occupant en face, car nous ne sommes pas battus. Nous n’avons seulement pas su aimer la France. J’emploierai toute ma vie à préparer la revanche ».
Démobilisé le 15 août 1940, il rejoint Nice où il retrouve un homme qu’il a connu en 1936-1937, lorsqu’il était sous-lieutenant dans un bataillon de chasseurs alpins : Joseph Darnand et sa
batterie de décorations.
« Nous tombons immédiatement d’accord », écrit Bassompierre ; « nous voulons continuer à servir la France ; nous avons encore un gouvernement ; celui-ci nous parle de Révolution nationale, mots
prestigieux qui nous redonnent espoir. Car il est manifeste que notre désastre militaire provient surtout de la carence complète d’un régime vomi par tous les honnêtes gens. Nous espérons tous un
peu plus de propreté morale et de justice sociale. Une noble tâche nous attend : montrer au monde que nous ne sommes pas devenus un peuple d’esclaves, que nous sommes encore un grand pays à la
tête d’un Empire intact et de la marine de guerre la plus moderne. Le Maréchal nous convie à cette grande œuvre, nous nous donnons à lui corps et âme. »
Bassompierre ajoute : « Et c’est ainsi que je suis amené à devenir secrétaire général de la Légion des Combattants des Alpes-Maritimes », dont le chef était Darnand.
Bassompierre, bien qu’il ait toujours eu la conviction de servir son pays, n’était pas de ces hommes qui se sentaient le droit de juger ceux qui avaient pris un parti différent. Pour lui, la
valeur de leur acte ne venait pas de la justesse de leur raisonnement et du sort des armes, mais de l’esprit qui les animait et de la façon dont ils accomplissaient leur devoir. Lors de son
procès, en 1948, Bassompierre admettra qu’on l’accable pour s’être trompé. Il refusera qu’on l’accuse d’avoir trahi :
« La trahison, c’est manquer à son serment, à ses amis, à ses compatriotes, (…) ce n’est pas adopter publiquement une opinion et lui rester fidèle jusqu’à la mort. S’il est honteux de tromper, il
ne l’est pas de se tromper ».
Sous l’impulsion de Joseph Darnand, Bassompierre, avec ses camarades Noël de Tissot et Durandy (qui seront tués tous deux sur le front de l’Est), donnent naissance au Service d’Ordre Légionnaire
(S.O.L).
Rapidement, on le sait, les S.O.L, nés à Nice, connaissent un essor national, grâce à Darnand.
La création de la L.V.F le 27 août 1941 n’enthousiasme guère Bassompierre. Se battre contre le bolchevisme est une chose, revêtir pour cela l’uniforme allemand en est une autre. Pourtant, un an
plus tard, Bassompierre s’interroge : « En prenant les armes aux côtés de l’Allemagne contre un ennemi commun, le bolchevisme, n’est ce pas là le moyen de donner une chance à notre pays de n’être
pas écrasé par notre puissant voisin, qui risque de devenir la maître de l’Europe ? » Et il saute le pas : il s’engage dans la L.V.F.
Le plus dur lui est de revêtir l’uniforme allemand. Quand il se regarde dans une glace, il pâlit. Les larmes lui viennent aux yeux. Evoquant cette cruelle minute, Bassompierre avouera qu’il eut
la tentation d’arracher ces effets militaires et qu’il ne parvint à surmonter sa répugnance qu’en se répétant les termes du message du maréchal Pétain aux légionnaires de la L.V.F :
« En allant combattre loin de votre patrie, ce sont les frontières mêmes de la France que vous protégez du bolchevisme. Vous détenez une part de l’honneur militaire français ».
Pendant toute l’année 1943, Bassompierre se bat contre les Russes. Il est en avril sur la Berezina. Il est de tous les combats de cette poignée de Français en ‘vert de gris’, ce qui lui vaut
d’être décoré de la Croix de Fer.
Pendant qu’il est dans les plaines russes, le S.O.L s’est transformé en Milice française.
En février 1944, Jean Bassompierre et son camarade François Gaucher reçoivent l’ordre du gouvernement français de rejoindre Paris pour y prendre les rênes de la Milice en zone Nord. Un mois plus
tard, ils entreprennent cette nouvelle tâche.
Si Bassompierre fait beaucoup de propagande en faveur de la Milice, en revanche il ne mène aucune action de maintien de l’ordre en zone Nord, sauf dans un cas : la répression de la révolte des 4
000 détenus de droit commun à la prison de la Santé, le 14 juillet 1944.
Lors du procès de Bassompierre, entendus comme témoins à charge, sous la foi du serment, René Vanegue, directeur adjoint de la police municipale, et Maurice Couget, qui avait été sous directeur
de la Santé, confirmèrent que Bassompierre avait « rétabli l’ordre sans effusion de sang ».
On sait que ce sont Pierre Gallet, Max Knipping et Georges Radici qui constituèrent une cour martiale et condamnèrent vingt-huit des mutins à la peine de mort, sentence qui fut exécutée une heure
plus tard. Le commissaire du gouvernement ne retint pas contre Bassompierre ce que l’acte d’accusation lui avait reproché dans cette affaire de la Santé qui a tant fait couler d’encre.
Comme les autres miliciens, en août 1944, Jean Bassompierre obéit aux ordres de Darnand. Et ce sont pour lui aussi les étapes de Nancy, Schirmeck, Ulm, Wildflecken, la Division Charlemagne,
l’engagement en Poméranie, l’écrasement et enfin la captivité en U.R.S.S.
Lors de son transfert vers la France, au mois de mai 1946, il parvint à s’évader, à regagner clandestinement la France, à franchir les Alpes à pied et à gagner Rome puis Naples où il espérait
s’embarquer pour l’Amérique du Sud. Arrêté sur le bateau, ramené en France, incarcéré, Jean Bassompierre dont toute la vie n’avait été que combat loyal, intègre et total pour la France, sera
condamné à mort en janvier 1948 et exécuté le 20 avril 1948 au Fort de Montrouge.
Retour Fort de
Montrouge Retour
Forts de sang